• Frederic Chaze

Pourquoi parler en public est une forme de méditation nécessaire et salutaire ?


Lorsque qu’on ne prend jamais le temps de poser à l’écrit ce que l’on pense, on ne saisit pas l’occasion d’éclaircir ses idées, de les observer hors de soi, d’approfondir sa pensée.


Lorsqu’en plus on ne prend pas la parole en public, alors il y a des chances qu’on vivent assez peu l’expérience de déployer sa pensée de façon continue sur 5 minutes, 20 minutes, 1 heure....


On court le risque d’être titulaire d’une pensée fragmentée avec des angles morts où peuvent se nicher quelques incohérences, contradictions ou ignorances plus grosses qu’on ne croit… parfois dans le milieu professionnel, cela peut mener à des situations délicates.... Pourtant une pensée claire et structurée est un facteur important de confiance en soi. On est plus sûr de soi lorsque l'on a déjà poussé sa réflexion à un certain niveau.


Le flou pousse à l’hésitation, la clarté facilite le passage à l’action.


J’ai pu constater, lors de mes nombreuses années à enseigner l’Histoire-Géographie, comme la prise de parole en public entraîne à se concentrer et à réfléchir autour d’un sujet. Elle est un exercice de concentration sous le regard et l’écoute de l’autre. On produit de la pensée, des idées, des exemples, en se devant d’être extrêmement focus, pendant un temps plus long que ce que permettent généralement les petits échanges du quotidien.


Devant un public,on n’a plus vraiment le temps de rêvasser !


Il n’y a pas d’échappatoire dans la prise de parole en public: les autres attendent votre parole, elle doit porter la valeur dont vous incarnez la promesse.





En cela, parler en public a déjà avoir avec des formes de méditation. Dans la vie de tous les jours, notre mental est bombardé en permanence de pensées diverses: les tâches à faire, les notifications facebook, la tête du voisin(e), ou notre prochaine visite du frigo.... Comme ces pensées et décisions se manifestent souvent sous la forme de notre petite voix intérieure, nous vivons souvent l’illusion que cette petite voix, cette “pensée”, ce serait fondamentement nous, notre chef d’orchestre qui est à la fois nos désirs, volontés, émotions, idées, croyances...


Pourtant ceux qui ont expérimenté la méditation, ceux qui se sont intéressés au moment présent ou encore à la PNL ( Programmation Neuro Linguistique), savent bien que cette petite voix intérieure n’est pas stricto sensu qui je suis. Cette voix intérieure qui un jour vous dit que vous êtes un gagnant que rien n’arrêtera, et qui le lendemain vous dira que vous êtes le dernier des nuls. Une voix qu’on aurait tort de prendre toujours au sérieux et qui semble souvent mal nous connaître… encore plus avant une prise de parole en public.


Cette petite voix est celle qui vient polluer l’esprit de nombreux orateurs lorsque sonne le moment du Showtime. C’est elle qui peut nous déconcentrer, nous déconnecter de notre authenticité, de notre message, de notre public.




En état de stress, la petite voix a tendance à scanner dans notre environnement ce qui semble lui donner raison et elle décide de l’interprétation, en général la pire pour nous : “ Probablement que si cette personne vient de bailler c’est que je suis un orateur profondément ennuyant, ça ne peut être lié à rien d’autre !”


Cette petite voix intérieure nous pousse souvent à nous connecter à nos peurs plutôt qu’à notre coeur.


Mais cette petite voix n’est pas une fatalité, elle s’éduque. Cette éducation permet de puiser au maximum dans notre potentiel pour atteindre de grands résultats.


Pour cela il faut déjà observer le jeu de notre petite voix intérieure, défusionner d’elle, prendre de la distance.


En quoi la méditation peut vous y aider ? En quoi la prise de parole a-t-elle à voir elle-même avec des formes méditatives ?


Essayez de méditer si vous n’en avez pas l’habitude : vous prendrez vite conscience que vous êtes assaillis de pensées ! Votre petite voix intérieure révélera son essence compulsive. Vous la chassez par la porte, elle trouve toujours une fenêtre pour reprendre les rênes de votre esprit. Très difficile de réduire l’agitation de vos pensées et de rester simple observateur distant de celles-ci : sans votre accord, elles surgissent et s’agrippent discrètement à vous, elles vous amènent dans leur univers alors que vous vous étiez promis de ne pas vous perdre dans vos pensées vagabondes... Il s’agit d’un véritable hold-up mental ! alors quand vous prenez conscience de ce dévoiement de votre méditation, vous laissez partir au loin ces pensées malicieuses, comme des nuages, ...jusqu’au prochain hold-up mental imprévisible.


Ce process qui frappe le méditant me fait penser à ces mots de Sadhguru : “ soit vos pensées vous appartiennent, soit vous appartenez à vos pensées”.


Que vous méditiez ou pas, vous vivez probablement cette expérience quotidienne de passer inconsciemment d’une pensée à une autre, souvent par association incontrôlée d’une idée à une autre, et vous dérivez ainsi jusqu’à vous demander soudain pourquoi vous êtes en train de penser à vos futurs vacances, à votre ex ou à telle injustice dans le monde… pouvoir relire le soir un récapitulatif de toutes nos divagations mentales de la journée serait probablement très amusant et déroutant !


Si la méditation est le lieu privilégié pour prendre conscience que nos pensées bombardent en permanence le champs de notre mental, chacun peut donc en faire aussi l’expérience dans son quotidien.


Le problème c’est qu’on perds l’habitude d’une concentration soutenue. On ne prend pas le temps de penser. Pas grave ? Pourtant, plus on a réfléchit, plus on a pensé, plus on sera clair sur nos actions, confiant, plus les autres nous feront confiance aussi. Est-ce que ça n’a pas d’importance ?


La pensée quotidienne s’avère compulsive, et très rapidement, elle dérive. Prenez conscience, depuis le début de votre lecture de cet article, de vos divagations. Etes vous restez pleinement concentré ? Ou bien des association d’idées, voire des discussions intérieures n’ont-elles pas mis un coup de pied chassé à votre focus ?! Et ce phénomène de dérive est notre pain quotidien !


Il perdure même quand nous construisons un discours à deux, lors d’un simple dialogue ! Rappelez-vous la dernière fois où vous vous êtes regardé avec votre interlocuteur :

“En fait comment on en est arrivé à parler de ça déjà ?! ”

Certes c’est le charme de bien des discussions, poursuivre un voyage en commun, à travers des échanges d’idées, d’expériences, un patchwork de mots qui se construit sur de l’inattendu. Un lien qui se tisse aussi derrière les mots prononcés.


Bien sûr les discussions peuvent être plus focalisées. Néanmoins comme elles se construisent au moins à deux, elles ne sont pas un pur déroulé de ma vision, de ma pensée ( ou bien je risque vite d’être jugé barbant et de n’avoir plus grand monde à qui parler…). C’est une pensée à deux, ou plus.


Alors s’il est si difficile de faire taire les pensées parasites lorsque l’on médite seul, s’il est difficile de ne pas dériver quand nous pensons au quotidien ou que nous discutons avec quelqu’un, finalement quand pensons-nous vraiment de façon un peu soutenue ?!

Quand est-ce la dernière fois que vous avez pris le temps de dérouler une pensée à vous et de rester un moment concentré sur elle ?


On en revient au présupposé de départ de cet article : si on n’écrit pas pour éclaircir nos pensées, alors finalement quand peut-on s’y prêter ? Voici donc une autre forme d'exercice qui amène à fortifier sa pensée.


Lorsque vous parlez en public, votre mission, plus ou moins difficile, est de vous connecter à votre authenticité ainsi qu’à votre audience, et de délivrer votre message. Cela demande un effort de concentration pour être totalement impliqué dans le moment présent. Encore plus si vous n’avez pas bien préparé à l’avance votre message.


Ici la nervosité ou la peur peuvent devenir les agents de votre déconcentration, les agents du hold-up mental qui tentent de vous détourner de votre authenticité, de vous faire perdre vos moyens, de vous empêcher d’accéder à votre intelligence, à votre mémoire, à votre confiance.


Mais la Force de la méditation est avec vous !

Prendre la parole en public c’est exercer son focus : être intensément dans son sujet, être intensément dans un échange co-créatif avec le public : je parle, je l’observe, je vois ses réactions et j’adapte mon discours, ma façon de le donner, en fonction de ce que je perçois. Ma parole est comme un laser toujours ciblé sur mon public.


C’est une forme de méditation car je refuse de me laisser kidnapper par les pensées qui me font perdre du pouvoir. Je laisse partir les pensées parasites comme un méditant assis en lotus le ferait. (Ok tout le monde ne médite pas en lotus, moi le premier !).


L’un des moments où ce manque de concentration est manifeste, c’est lors d’activités tirées du théâtre d’improvisation que j’insère dans certains ateliers.

Il m’arrive souvent alors de montrer à un stagiaire qu’il est en pleine déconcentration. Un grand classique, c’est lorsque 2 improvisateurs jouent quelque chose et se mettent à faire rire le public. Parfois l’un des deux va alors abandonner le jeu d’impro pour se mettre à rire avec le public, alors que l’expérience n’était pas terminée. Comme si la charge de l’impro était trop lourde, stressante, et que le moindre prétexte à s’auto-éjecter de l’impro devait servir. Or cet auto-éjection, c’est un peu la même chose lorsque je fais une prise de parole, et que je me projette dans mes peurs : je me déconcentre de ce que j’ai à faire, du sens de pourquoi je prends la parole, du message et de la valeur que je dois apporter à mon public.

J’en viens à m’attacher trop à ma propre image et à ce que vont en penser les autres. Cette forme de déconcentration a donc à voir avec ces pensées qui nous déconcentre en méditation. Et pratiquer régulièrement la médiation nous aide à trouver le chemin pour mieux gérer les pensées et émotions parasites.


La Force de la méditation est avec vous lorsque vous parlez en public, dans un sujet que vous connaissez que vous maîtrisez, que vous aimez : vous effectuez un acte de penser en direct live, sur le vif, et cela peut être fascinant à suivre pour votre public. Vous construisez spontanément à partir des matériaux de vos expériences et réflexions préexistants, et vous sculpter vos idées avec votre passion. Passionné vous devenez passionnant, dans la mesure où cette passion vous l’adressez bien à votre public. Vous nagez en réalité dans votre intelligence profonde et vous êtes tellement dans ce que vous faîtes que l’inspiration vous déroule le tapis rouge. Cette inspiration qui saisit parfois aussi le méditant, cette intelligence profonde dont la méditation favorise parfois l’émergence.





Dans ces moments de grâce, votre pensée s’exprime et se renforce, s’enrichit. Elle apporte des pépites à l’auditoire, renforce encore davantage votre confiance en vous, et vous permet d’affermir vos pensées. De devenir plus affirmé.


Cela ne sera possible qu’à condition d’être dans l’instant présent, intensément focus. Encore une fois, cette forme de méditation oratoire est salutaire car elle aiguise votre concentration, elle muscle votre pensée, elle renforce votre croyance en vous.


Si vous êtes trop focus sur le stress ou le trac, alors il est plus difficile de connaître un tel état. Prenez des moments pour vous arrêter et pratiquer la méditation traditionnelle dans un lieu calme vous aidera à choisir sur quoi vous décidez de vous concentrer : sur votre respiration ? sur le silence intérieur ? sur un mantra positif ? le choix est infini...





Bien sûr il faut une pratique régulière de la méditation pour en saisir les effets. Le paradoxe de la méditation étant qu’il ne faut rien en attendre…


Expérimenter la méditation, pour mieux gérer ses pensées et émotions en prise de parole.

Prendre la parole en public pour éclaircir, structurer et muscler ses pensées.


Pour ceux qui sont trop fortement sujet au trac, déstabilisés par la peur, il y a bien sûr d’autres solutions à mettre en place. Nous aurons l’occasion d’y revenir.


D’ici là, je souhaite de bonnes méditations et prises de parole à ceux qui veulent !


Frédéric Chaze

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